Haba na haba, ñore-ñore, ten-ten et dɔɔnin-dɔɔnin [en Français]

Suite au post de la semaine dernière à propos du proverbe Swahili ‘Haba na haba, hujaza kibaba’, Oumar Bah nous fait part de ses réflexions et établit un parallèle avec le guerzé, le pular et le bambara.

[Click here to view the English translation]

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Je me suis amusé à chercher des équivalents de ce beau proverbe swahili ‘haba na haba hujaza kibaba‘ dont l’équivalent en français est « petit à petit l’oiseau fait son nid » dans d’autres idiomes africains.

  • Guerzé

À ma grande surprise, il existe une langue ayant un équivalent pratiquement identique avec celui du swahili, il s’agit du guerzé, une langue du sud-est de la Guinée.

Les Guerzés qui sont un peuple d’agriculteurs se concentrant autour de la région de Nzérékoré, au pied du Mont Nimba. Leur terroir traditionnel a été arbitrairement découpé par le partage colonial et déborde donc sur le Libéria voisin où ils sont connus sous le nom de Kpɛlɛ.

Voici donc le proverbe :

Ten-ten bə now hɔya

Traduction littérale : « Goutte après goutte, le canari se remplit » (pendant la préparation du vin de palme, boisson très prisée dans la région, le canari se remplit lentement goutte après goutte).

Si nous faisons un peu d’analyse linguistique de la phrase guerzée, ten signifie „goutte“, est une particule relative, now „canari“, est une racine verbale signifiant „remplir“ et le suffxe -ya a probablement une valeur aspectuelle (je dispose de très peu d’informations sur le guerzé car c’est une langue peu documentée).

  • Pular

Ko ñore-ñore hebbinta maayo

En pular ou peul, autre langue guinéenne et ouest-africaine, il existe un équivalent qui ne part pas, contrairement au swahili et au guerzé, de l’analogie du canari mais du fleuve qui se remplit petit à petit :

Ko ñore-ñore hebbinta maayo

Littéralement : « C’est le crachin (petite pluie fine) qui remplit le fleuve »

Analyse linguistique ici aussi : ko est une particule de focalisation, ñore-ñore signifie „crachin“, hebbina est la forme causative du verbe heewa „se remplir“, le suffxe -ta indique ici l’aspect imperfectif, maayo signifie « fleuve ».

  • Bambara

Le bambara, parlé au Mali voisin, a un proverbe qui correspond littéralement à la version française, du moins d’après le dictionnaire en ligne sur le site bambara.org :

Dɔɔnin-dɔɔnin, kɔnɔnin bɛ a ɲaa da

Littéralement : « Petit à petit, l’oiseau fait son nid »

Analyse linguistique : dɔɔnin-dɔɔnin « petit à petit », kɔnɔnin « oiseau (au diminutif) », bɛ (particule de l’aspect imperfectif), ɲaa « nid », da « créer, construire »

  • Le proverbe en chanson

Rappelons qu’en Guinée comme au Kenya, les artistes se sont saisis du thème : vers 1970 ou 71, le Bembeya Jazz National de Guinée avait produit un morceau de rumba intitulé « doni doni » qui avait fait le bonheur des mélomanes d’Afrique et d’ailleurs. Le morceau est chanté en français mais le refrain « Petit à petit l’oiseau fait son nid » est traduit en malinké, autre langue de Guinée très proche du bambara.

On peut trouver cette chanson aussi sur Youtube :

Pour terminer, voici la version allemande de ce proverbe :

Steter Tropfen höhlt den Stein

Littéralement : « Une goutte constante peut creuser la pierre »

***

Un grand merci à Oumar Bah pour ces éclaircissements!

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4 thoughts on “Haba na haba, ñore-ñore, ten-ten et dɔɔnin-dɔɔnin [en Français]

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