Peul: le spectre des couleurs [en Français]

Ce billet d’Oumar Bah fait suite à “Kikuyu: colour spectrum and kikuyunised words” qui portait sur l’expression des couleurs en Kikuyu, une langue parlée au Kenya.

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En langue peule (appelée par ses locuteurs pulaar ou fulfulde), la couleur est exprimée par des racines adjectivales. Ces dernières se placent après le substantif et concordent avec lui en genre (ou plutôt en classe nominale) et en nombre. Le pulaar fonctionne ici comme une bonne partie des langues de la famille Niger-Congo notamment les langues bantoues.

  • Les couleurs de base en peul (pulaar)

Les couleurs de base sont donc : noir « ɓale- », blanc « rane- », rouge « woɗe- », jaune « ool- », vert « haako- », gris « fur- ».

L’adjectif « haako- » est, à l’opposé des autres ici qui sont des racines adjectivales primaires, un adjectif secondaire obtenu à partir du substantif de même nom signifiant « feuillage » (l’association entre la couleur verte et les plantes se rencontre dans beaucoup de langues du monde).

Prenons deux classes nominales fréquentes, la classe ƊAM qui regroupe un grand nombre de liquides (par exemple « ndiyam » eau, comparer le suffixe de classe -am au préfixe bantou ma-) ou la classe O où l’on retrouve surtout des humains. Cela donnerait les adjectifs de couleur suivants :

ndiyam ɓalejam (eau noire)

ndiyam ndanejam (eau blanche)

ndiyam mboɗejam (eau rouge)

ndiyam oolam (eau jaune)

ndiyam haakojam (eau verte)

ndiyam puram (eau grise)

La classe O donnerait par exemple « boɗeejo » un homme au teint clair (littéralement : un rouge). À remarquer que les consonnes initiales de certains adjectifs changent, par exemple /w/ → /mb/ ou /f/→ /p/.

À noter aussi que la couleur bleue est traditionnellement inconnue, raison pour laquelle le pulaar a recours ici à des emprunts, selon la région, à l’anglais ou au français, soit : mbulu- ou bule. En fait, dans beaucoup de langues du monde, il n’y a pas de distinction entre le vert et le bleu.

  • La dimension culturelle des couleurs

Le spectre des couleurs en peul peut sembler limité à première vue, comparé par exemple aux langues européennes. La perception des couleurs est avant tout un phénomène culturel. Ainsi quand on considère les couleurs du pelage des vaches, le vocabulaire de ce peuple pasteur s’enrichit de nuances dont beaucoup n’ont pas d’équivalents en français ou en anglais. Citons, à titre d’exemples : « wane » vache au pelage brun, « lahe » vache au pelage tout noir, « naawe » vache au pelage ocre, « saye » vache au pelage tout blanc, « sirge » vache au pelage blanc avec des petites taches noires, « terkaaye » vache au pelage tout marron clair, « saaje » vache au pelage noir avec une rayure blanche sur le ventre, « doobaaye » vache au pelage tout gris clair etc. Les exemples pourraient être multipliés.

En revanche, si nous quittons le domaine de la terminologie de l’élevage, les couleurs brun, rose et orange se confondent en pulaar avec le rouge. Ainsi on dirait par exemple « tuuba mboɗeha » pantalon brun (racine adjectivale « woɗe- » rouge, voir en haut). Ce qui confirme ce qui a été dit plus haut : la dimension culturelle de la couleur.

Par Oumar Bah

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